Se balader dans Helsinki c'est prendre conscience alors d'une Histoire nationale qui a mis du temps à s'affirmer.
Il ne faudrait pas pour autant voir Helsinki comme une sorte de pittoresque raccourci des cultures scandinaves et slaves. La capitale finlandaise est à l'image d'un certain modèle nordique : un mélange de chaleur et d'épure architecturales, beaucoup de bars et pubs branchés fréquentés par une clientèle blonde et lookée, une impression générale de richesse et de propreté
Un après-midi nous nous rendons au premier festival de hip hop organisé dans le pays, devant le tout nouveau musée d'Art moderne. Des graffeurs ont également été conviés. Il nous paraît incongru - pourquoi, au fond ? - d'entendre du rap en langue finnoise; si on excepte le "streetwear", l'un d'entre eux rappellerait plutôt par son physique un des chanteurs du feu groupe Bros. Sur les pelouses devant le musée sont installés plein d'ados en pantalon baggy, le bob sur la tête. A part le nombre de blonds au mètre carré, la jeunesse finnoise ressemble complètement à la nôtre et subit d'ailleurs les mêmes influences : américaines surtout ! Parmi ces chères têtes blondes aucun être ne ressemblant à Joey Starr n'est à signaler...
Helsinki est construite au milieu d'un archipel d'innombrables îles : la balade du dimanche c'est sur une île qu'elle se fait ; du coup la ville à certains moments n'est plus tout à fait ville, on se retrouve, à 15 minutes du plein centre, à marcher parmi les bouleaux, dans le silence. Quartiers résidentiels peuplés de grosses maisons au design moderne, bois et verre, vue sur la mer. Enfouies parmi les arbres : un calme règne qu'on imagine pouvoir devenir pesant. Surtout dans un paysage amorti par la neige et le froid, durant ces hivers où le jour tombe à 3 heures de l'après-midi... Parlant de ces mois difficiles, une amie me dit avec une pointe de compassion amusée : "Pour un étranger l'hiver finlandais est toujours un petit choc..." On marche des heures en longeant la mer, dans une nature visiblement protégée et aimée : Helsinki est parcourue de pistes cyclables, en Finlande le souci écologique n'est pas une vue de l'esprit. Il est vrai que dans un pays où l'hiver peut durer presque 6 mois, la Nature occupe une place prédominante. Le printemps et l'été qui la voient renaître sont fêtés comme il se doit, chacun ayant à cœur de profiter de la lumière et d'un peu de chaleur. Aussitôt bourgeonnent une foule de terrasses, au bord de l'eau en particulier, où il fait bon déguster une bière. Sans doute peut-on expliquer aussi cet attachement à la nature par l'identité finnoise elle-même. Il est tentant d'y voir ce paradoxe national : longtemps rurale, sous le joug de pays plus grands, plus importants, elle s'est effectivement forgée dans un rapport étroit, quasi viscéral avec la Nature, même si ces dernières décennies ont été celles d'une modernisation recherchée avidement, portée par la social-démocratie. En nous baladant le long de la mer nous tombons sur un groupe de femmes en train de lessiver à grande eau, en plein air, leurs tapis. Drôle de spectacle, tout droit sorti d'un univers traditionnel, aussi surprenant que la modernité high-tech qu'affiche par ailleurs ce pays. Cette volonté de se fondre dans la nature en y touchant le moins possible motive la création : près de Helsinki nous avons découvert une église à l'architecture minimaliste ; à l'intérieur tout le plafond et une partie des murs sont recouverts de lattes de bois clair, et le mur du fond, situé derrière l'autel est une simple et large baie vitrée donnant sur les arbres dehors. L'impression de pureté et d'harmonie qui en ressort est saisissante.
pour encore plus de precission : http://oeil.electrique.free.fr/article.php?numero=17&articleid=37



